
Le Petit Grillardin, c’est l’histoire d’une vie réduite en cendres en moins de 48 heures. Jean-Philippe Cione, entrepreneur et propriétaire de l’immeuble qu’il avait acquis il y a trois ans, en mai 2021, porte à jamais ce cauchemar qui le hante encore aujourd’hui. Pourtant, il refuse de céder et s’accroche à sa détermination pour reconstruire. Aujourd’hui, Le Petit Grillardin renaît de ses cendres à Ducos. Sudmag partage ce témoignage poignant, un appel à la relance économique en soutien à tous les entrepreneurs victimes des violences.
Pendant 17 ans, Jean-Philippe Cione a insufflé un véritable esprit de famille à son restaurant, cœur battant de son activité : « Nous venions de célébrer les 17 ans du Petit Grillardin, un lieu unique à l’ambiance chaleureuse, décoré par mes soins grâce à des trouvailles chinées en vide-greniers », raconte-t-il.
Au-delà du lieu, c’était aussi et surtout une clientèle fidèle : « Beaucoup de nos habitués sont devenus des amis », confie-t-il. « Nous ne demandions que les prénoms lors des réservations, pour que chacun se sente comme chez lui et en parfaite harmonie avec notre personnel, toujours discret et attentionné. »
« Ma vie s’est arrêtée le 13 mai 2024 »
Le 13 mai 2024 marque un tournant brutal : émeutes, destructions, chaos. Jean-Philippe, alors hors du territoire, assiste impuissant à la catastrophe : « Nous étions fermés du 1er au 21 mai… J’étais dévasté, incapable d’agir. J’ai cru à un mauvais rêve en voyant les images. J’espérais me réveiller et constater que rien de tout cela n’était arrivé. Mais c’était bien réel… Un cauchemar qui me hante encore… »
Au lendemain des émeutes, le choc est moral et financier : « Je ne savais pas par où commencer avec les institutions, les banques, les assurances… Tout s’est effondré. Le rêve d’une vie, réduit en cendres en moins de 48 heures. J’étais propriétaire de l’immeuble de 950 m² que j’avais acheté en 2021. Il y avait dix locataires, mon restaurant et mon appartement. J’ai tout perdu. »
Un combat pour rebondir
Les obstacles s’accumulent : assurances réticentes, banque proposant un crédit à des taux prohibitifs (5,9 % + 1,2 % de garantie) … « Un enfer », résume-t-il. Pourtant, Jean-Philippe refuse d’abandonner. Il avance lui-même plus de 9 millions de francs pour relancer son activité : « Il était impensable pour moi de rester à l’arrêt. »
Grâce à une aide exceptionnelle de la province Sud (1,4 million de francs) et du Fonds de l’État (1,2 million de francs), il parvient à régler les salaires de juin 2024, la TGC, la licence, la CAFAT, le CRE et les fournisseurs. « J’ai dû puiser dans toute ma trésorerie pour me remettre à jour », précise-t-il.
Le Petit Restau : un nouveau départ
À force de courage et de détermination, Le Petit Grillardin renaît de ces cendres sous un nouveau nom : Le Petit Restau. « J’ai investi 13,7 millions en matériel, mobilier, rénovation et mise aux normes… tout en restant fidèle au concept initial du Petit Grillardin. »
Derrière son sourire, Jean-Philippe reste prudent : « Je ne suis pas serein, et je ne suis pas magicien. Beaucoup de mes anciens clients ont répondu présents, mais d’autres ont tout perdu, comme moi. Honnêtement, si j’avais su à quel point les démarches administratives seraient longues et compliquées, je n’aurais peut-être rien relancé. »
Malgré tout, il garde espoir et une vision claire de l’avenir : « Mon objectif est de reconstruire à Normandie, là où j’ai tout perdu. Mais pour cela, trois conditions sont essentielles : une visibilité politique de 50 ans, le versement des assurances pour la reconstruction et un prêt garanti par l’État à taux zéro pour ceux qui ont perdu 100 % de leur entreprise et de leurs biens. »
Jean-Philippe Cione inspire la résilience et l’espoir d’une reprise, malgré les épreuves. Son histoire résonne comme un appel à la solidarité et à un soutien accru pour les entrepreneurs victimes des exactions.