Les îlots de province Sud, réservoirs de biodiversité ornithologique

La province Sud, terre d’accueil de nombreuses espèces d’oiseaux marins, mène une véritable réflexion pour assurer la préservation de ce patrimoine ornithologique assez exceptionnel, en conciliant mesures de protection et activités de plaisance. Afin de mieux connaître et donc mieux gérer ces populations, la direction du développement durable des territoires (DDDT) de la province sud a mis en place un partenariat avec l’IRD en subventionnant une étude menée par Éric Vidal et son équipe, qui recense les colonies d’oiseaux sur les îlots du grand lagon Sud et des côtes Est et Ouest, évalue la qualité des milieux, la pression exercée par les espèces envahissantes et les effets des mesures mises en place par la collectivité.


« Plus la Province disposera de données biologiques de qualité, mises à jour et récentes, plus elle pourra prendre ses décisions en connaissance de cause, c’est la base de ce partenariat », explique Eric Vidal, chercheur responsable du programme d‘étude des populations d’oiseaux marins sur les îlots de province Sud. L’Institut de recherche pour le développement (IRD) en Nouvelle-Calédonie mène de nombreuses études, notamment sur la biodiversité et les écosystèmes terrestres et marins, afin de prendre part au développement durable du territoire. C’est dans ce cadre que s’inscrit son partenariat avec l’acteur public qu’est la province Sud et qui détient, parmi ses compétences, celles du développement touristique mais également de la gestion de l’environnement.

Dr Eric Vidal, chercheur à l’IRD, coordonne l’étude, aux côtés de Pascal Dumas, géographe à l’UNC.

Un partenariat pour connaître les enjeux et menaces

2022 marque la 3e phase de ce partenariat entre la province Sud, financeur, et l’IRD, qui fournit les données écologiques permettant aux gestionnaires d’établir les politiques de conservation.  « Nos opérations sur les îlots consistent principalement à faire l’inventaire et le recensement des colonies d’oiseaux marins, à caractériser leurs habitats de reproduction via la cartographie de la végétation par drone, mais également à dresser un état des lieux des espèces invasives introduites qui les menacent (rongeurs, fourmis, figuier de barbarie…) et à préciser le niveau de pression et dérangement anthropique. » Une étude approfondie, complémentaire de la présence et de la récolte de données sur le terrain, assurées par les gardes-nature provinciaux, et des mesures qu’ils veillent à faire appliquer au quotidien.

Dans le Grand lagon Sud, les résultats de la première étude provinciale (menée par l’association SCO pendant 3 ans) avaient permis de définir la stratégie de gestion de cette zone, avec notamment la mise en place d’un système innovant de gestion, « Oiseaux du lagon ». Crédit photo : Tristan Berr/IRD

Un travail de terrain autour de 50 îlots

L’équipe de l’IRD suit ainsi une cinquantaine d’îlots dont la moitié se trouve au sein du parc provincial marin du grand lagon Sud, et l’autre moitié s’étire le long de la côte Ouest, entre Païta et Poya. Le grand lagon Sud ayant déjà fait l’objet d’une étude en 2010-2012, la comparaison avec les données récoltées dans le cadre de cette nouvelle étude permettra de suivre l’évolution des populations et des îlots mais également d’évaluer les effets des politiques de gestion provinciales. Sur la zone Ouest, au contraire, il s’agit de relever les premières données de référence. Aux côtés d’Éric Vidal et de Pascal Dumas, géographe à l’UNC, le doctorant Tristan Berr, inscrit à l’UNC, se consacre entièrement à cette mission, accompagné de stagiaires de licence et master et avec le soutien de l’association Bird Conservation New-Caledonia. « Former toutes ces personnes aux observations et relevés ornithologiques lors des missions de terrain, permettra de disposer de compétences en local pour pouvoir assurer un suivi a posteriori. »

Colonie de noddis noirs. Crédit photo : Tristan Berr/IRD

La province Sud, terre de préservation des oiseaux marins

En cette troisième et dernière année, quelques tendances se dessinent déjà, sur la base des observations et conclusions préliminaires. « Les forts enjeux ornithologiques sont confirmés : alors que les oiseaux marins disparaissent au niveau mondial (-60 % en 50 ans), leurs populations dans le Grand lagon Sud ne s’effondrent pas et certaines, au contraire, semblent même progresser. Les îlots de province Sud portent donc un enjeu mondial de conservation, en concentrant par exemple environ 15 % de la population mondiale de puffins fouquet, en déclin ailleurs sur le globe. De nouvelles espèces sont même apparues ou réapparues, comme le fou brun ou le paille-en-queue à brins rouges, qui recherchent un environnement particulièrement tranquille. »

Colonie de sternes de Dougall et sternes diamant, îlot Rédika (lagon Sud), en 2019. La nidification en haut de plage rend la colonie très sensible au dérangement. Crédit photo : Tristan Berr/IRD

Des mesures de protection provinciales efficaces

Un environnement favorable permis par une politique de préservation qui porte ses fruits. « Sur ces aires protégées, malgré le recul temporel encore réduit, on constate une efficacité du dispositif « Oiseaux du lagon », mis en place par la province Sud et qui permet notamment d’éviter ou de limiter le dérangement des espèces très sensibles, comme les sternes blanches, en particulier lors de la phase critique d’installation de la colonie. Si elles sont dérangées, elles peuvent partir et ne pas se reproduire. La réactivité des gardes-nature provinciaux qui hissent un mât à pavillon rouge pour suspendre temporairement le débarquement est alors un réel atout. »  Le suivi des espèces invasives semble également plutôt positif, puisque la plupart des îlots traités il y a 20 ans n’ont pas été recolonisés par les rongeurs. « L’IRD fournira cependant des recommandations à la Province pour la mise en œuvre d’opérations d’éradication sur certains sites qui possèdent des populations de rongeurs introduits », précise le scientifique. Tandis que l’étude des îlots à l’Ouest permettra de proposer des mesures similaires pour préserver le potentiel de leur patrimoine ornithologique.

Le dispositif provincial « Oiseaux du lagon » est innovant et tire toute son originalité du fait d’instaurer des réserves temporaires, écartant l’activité humaine pendant les moments critiques de nidification et de ponte des oiseaux marins. Crédit photo : Tristan Berr/IRD

Les observer sans les déranger

Dans son approche, la province Sud se doit de gérer la conservation de la biodiversité en parallèle des activités de tourisme sur les îlots. Au-delà de la conciliation de ces deux enjeux forts, notamment grâce au dispositif de mâts, elle s’interroge sur leur possible synergie autour de l’écotourisme et de la valorisation de la biodiversité unique calédonienne. Ainsi à l’instar de l’observation des baleines, les oiseaux pourraient être observés, en tenant compte de leur fragilité. « Tout dérangement peut entraîner un déclin voire une disparition de ces populations très sensibles. C’est pourquoi la Province nous a demandé d’estimer les facilités d’accès et le dérangement occasionné, pour alimenter sa réflexion. »

Ainsi, même si la situation des colonies d’oiseaux marins en province Sud semble plutôt satisfaisante, la collectivité pourra tirer parti des résultats et recommandations fournis par l’IRD dans le cadre de ce partenariat, afin de prendre des décisions éclairées dans le but d’améliorer encore sa gestion de ce patrimoine précieux.

Crédit photo : Tristan Berr/IRD


En savoir plus

• sur le dispositif « Oiseaux du lagon » :
https://www.province-sud.nc/sites/default/files/Webmaster/OISEAUX%20DU%20LAGON.pdf

• sur les îlots accessibles au public :
https://www.province-sud.nc/oiseauxdulagon

La province Sud souhaite associer la recherche à sa gestion pour mieux comprendre l’influence des pressions anthropiques sur les populations d’oiseaux marins. Crédit photo : Tristan Berr/IRD