Désir d’enfant : quand et qui peut faire appel à l’assistance médicale à la procréation ?

Quels sont les freins et les leviers face à l’impossibilité de fonder une famille ? Le Centre provincial d’Information – Droits des Femmes et Égalité proposait mardi soir une conférence sur la difficulté à concevoir un enfant et le recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP). Un moment fort en émotions, riche de conseils et d’échanges, mais également une initiative clé de la Province à l’heure où va se poser la question de décliner en Nouvelle-Calédonie la loi de bioéthique française du 2 août 2021, qui a notamment ouvert à toutes les femmes de Métropole la possibilité de fonder une famille.


« Malgré le tabou que représente l’infertilité dans certaines communautés, c’est une difficulté réelle que traversent beaucoup de personnes et de couples, et nous sommes là ce soir pour en discuter », a souligné Laura Vendegou, élue provinciale et présidente de la commission de la condition féminine, en ouverture de la conférence. À ses côtés, Joane Païdi, responsable du Centre provincial d’Information – Droits des Femmes et Égalité, a rappelé l’importance de ces espaces d’échange, proposés tous les mardis par le centre, « pour aborder des thématiques qui touchent toutes les femmes, mais pas que, et pour faire avancer la place des femmes dans la société de manière générale ». Car derrière les traitements et parcours médicaux pour lutter contre l’infertilité, se trouve également un enjeu d’accès à ces solutions, qui n’est pas le même pour toutes et tous.

10 % des couples en mal d’enfant

Avant toute chose, posons la définition du problème : « L’infertilité, c’est l’incapacité à concevoir, malgré des rapports sexuels réguliers ». Une difficulté qui frappe encore 10 % des couples après 1 an ½ d’essais infructueux, mais qui peut être prise en charge médicalement, comme l’ont expliqué les docteures Clothilde Dechanet, gynécologue et Charlotte Mauroy, biologiste, qui exercent au centre AMP de Nouvelle-Calédonie, installé au CHT.

Mais pourquoi ça ne fonctionne pas ? « Les ennemis majeurs de la fertilité sont l’âge, l’excès de poids, l’alcool, le tabac, le cannabis et autres drogues. Ces facteurs amenuisent la mobilité, la qualité et le nombre des gamètes (ovocytes chez la femme, spermatozoïdes chez les hommes). D’autres causes d’infertilité existent chez la femme notamment, comme les infections sexuellement transmissibles (IST) ou des maladies telles que l’endométriose. Il ne faut pas hésiter à consulter rapidement, surtout en cas d’antécédents ou de symptômes particuliers chez la femme comme chez l’homme, et à limiter les facteurs aggravants. »

L’AMP, pour dépasser l’infertilité

Les deux médecins ont ensuite détaillé les étapes de la prise en charge médicale d’une infertilité, les examens effectués et les techniques d’AMP proposées : « Il y a la stimulation simple de l’ovulation, la stimulation associée au recueil de sperme pour réaliser une insémination (rapprocher les spermatozoïdes de l’ovocyte en les déposant dans l’utérus) ou bien la fécondation in-vitro (FIV ou ICSI) qui consiste en une stimulation importante de l’ovulation pour ponctionner des ovocytes, qui seront fécondés au labo par le sperme recueilli en parallèle. Lorsqu’on obtient plusieurs embryons, on en implante un et on congèle les autres pour d’éventuelles tentatives ultérieures. Le don de gamètes est également possible en évasan. »

Un parcours « à entreprendre sans tarder », qui s’avère difficile et « dont on a du mal à percevoir la finalité », comme l’ont évoqué Camille, maman d’une petite fille après 3 FIV, mais aussi Déborah Guérot, animatrice locale du collectif BAMP. Cette association, dont la Miss Nouvelle-Calédonie Océane LeGoff est la marraine nationale – elle a partagé mardi soir son témoignage sur le syndrome des ovaires polykystiques, facteur d’infertilité -, se positionne comme un acteur associatif de référence quand il s’agit de l’AMP et de ses problématiques, et œuvre à faciliter l’échange et le partage des émotions et des expériences, pour les personnes qui vivent ou ont vécu ce parcours.

En Nouvelle-Calédonie, 350 couples sont suivis chaque année, avec un taux de réussite moyen de 25 % par cycle débuté en FIV et 13 % en insémination

Accès à l’AMP : des freins culturels et législatifs

Si cet accompagnement médical comporte son lot de difficultés, il aboutit bien souvent à un joyeux événement. Pour autant, ce parcours n’est pas accessible à tous en Nouvelle-Calédonie, Dans les faits, l’AMP sur le caillou concerne « des couples hétérosexuels, de 35-36 ans en moyenne, originaires à 78 % du Grand Nouméa ». Si la part de couples océaniens en AMP progresse (de 10 à 40 % en 10 ans), l’infertilité reste taboue dans cette culture, comme l’a expliqué mardi soir Méké Cuer, présidente du Conseil des femmes du Pacifique : « dans la culture océanienne, la procréation touche à l’honneur de la famille : l’homme doit être fertile et la femme doit lui donner un enfant. De plus, les fondements religieux sont encore bien présents et tout ce qui touche à l’intime, à la sexualité et au bas-ventre de manière générale est tabou. Aborder et traiter l’infertilité n’est donc pas encore inscrit dans les mœurs, c’est pourquoi il est important de libérer la parole et d’informer. »

Autre public à l’écart de ce parcours, les femmes seules, les couples de femmes et les femmes qui souhaitent congeler leurs ovocytes en attendant de lancer leur projet de bébé (congélation sociétale) n’ont pas légalement accès à l’AMP. Un accès pourtant obtenu en Métropole l’année dernière, entre autres avancées, grâce à la loi de bioéthique. Pour Laurent Garnier, de l’association Diversités NC, qui accompagne et défend les droits du public LGBT+, « Les personnes et couples qui souhaitent un enfant mais sortent du cadre actuel recourent actuellement à l’AMP à l’étranger ou à une insémination artisanale, avec tous les risques, contraintes et répercussions que cela engendre, ou bien se tournent vers l’adoption. Mais on peut espérer que les choses évoluent prochainement » Sur l’impulsion de la loi de bioéthique métropolitaine, le cadre législatif pourrait effectivement évoluer dans les années à venir, avec la proposition prochaine de lois de Pays, portées par Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement notamment en charge de la famille, au Conseil économique, social et environnemental (CESE) puis au vote du Congrès. « Ce sera un choix politique, a-t-elle précisé en conclusion de la conférence, qui nécessitera impérativement un temps de communication pour informer et lever les tabous, puis des espaces de concertation et de débat, car c’est un sujet de société qui touche à l’intimité, aux représentations culturelles, à la conception de chacun de la parentalité… ». D’où l’importance d’ouvrir et de stimuler dès aujourd’hui le dialogue sur l’infertilité, l’AMP et l’accès à la parentalité.

La lutte contre l’infertilité est un point clé du droit des personnes et des couples à fonder une famille.


• Zoom sur la loi de bioéthique, adoptée en France en 2021

La loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique a permis, entre autres, l’accès à l’AMP des femmes seules ou en couple homosexuel, la fin de la discrimination sur le don du sang, l’autoconservation des gamètes (congélation sociétale, transition de genre), l’accès aux origines (informations clés sans indentification du parent) pour les enfants issus de l’AMP, un nouveau mode de filiation pour les deux mères… Par le jeu des différentes compétences Etat / NC, seul l’accès aux données non-identifiantes sur les origines d’un enfant issu d’un don de gamète peut être étendu à la Nouvelle-Calédonie, si elle s’empare du sujet avant le 2 février 2022.

Avec son entrée en vigueur, il y a eu plus de 5000 demandes en 3 mois, confirmant l’existence de cette attente au sein de la population féminine.


«  1 couple sur 7 en Nouvelle-Calédonie serait touché par des difficultés à concevoir un enfant, mais seul 10 % d’entre eux bénéficieraient d’un accompagnement. Fonder une famille est un droit fondamental et beaucoup de souffrance pèse sur les femmes et les hommes concernés. Méconnaissance de l’impact des IST, sacralisation du pouvoir de donner la vie chez les femmes, pression à faire des enfants, tabou de l’infertilité, difficulté d’accès à l’information en matière de santé sexuelle ou d’orientation vers les bons professionnels sont autant de raisons de ce sous-accompagnement des personnes concernées.. » – Joane Païdi, Responsable du CIDFE