Violences gynécologiques, parlons-en.

Entre tabou, traumatisme et leviers de changement, la conférence-débat sur les violences gynécologiques, organisée le 23 août dernier par le Centre provincial d’information – Droits des femmes & Egalité (CIDFE), proposait aux participants d’évoquer ce sujet délicat sous l’angle de la libération de la parole, de la relation soignant-soignée, de la considération du contexte culturel et des bonnes pratiques à mettre en œuvre. Une initiative qui a permis aux patientes et aux professionnels de santé de partager un constat et d’échanger en faveur d’un système soignant plus respectueux.


50. C’est le nombre moyen de consultations gynécologiques auxquelles une femme se rendra dans sa vie. Un chiffre qui n’est pas anodin, alors même que depuis 2013, la parole s’est libérée et les témoignages de violences gynécologiques se multiplient.

Les traumatismes, évidemment, mais aussi les notions complexes d’intimité, de consentement, ou de posture médicale qui l’accompagnent, font du sujet une thématique délicate. « C’est avec l’objectif de mettre des mots et de participer à la réflexion sur le sujet en Nouvelle-Calédonie que le CIDFE et ses partenaires sont là ce soir pour aborder ensemble ce qui se cache derrière cette thématique », a expliqué Joane Païdi, responsable du Centre, en introduction de la conférence. « Se cache », a-t-elle dit, parce que le tabou reste puissant autour de ces pratiques déviantes.

Du courage pour oser aborder le sujet 

Un silence que le CIDFE a choisi de lever, même si, comme l’a souligné Maud Le Bar, spécialiste des questions de genre : il convoque le tabou, la honte, et il met en cause le corps médical. « Il faut du courage pour l’aborder ». Parfois confondu avec les violences sexuelles, le sujet, encore récent, reste en outre méconnu de beaucoup. « Il a commencé à percer en France en 2014, grâce au hashtag #payetonuterus, qui, en quelques heures à peine, a rassemblé plus de 7000 témoignages. Des exemples bien trop nombreux pour être considérés comme des cas isolés et exceptionnels », précise l’intervenante.

Des mots déplacés au crime, les formes de violence sont multiples

Mais de quoi s’agit-il exactement ? « Les violences gynécologiques sont des actes sexistes se déroulant dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical. Ce peut être des gestes, des propos, des pratiques ou des comportements, exercés – ou omis – par un ou plusieurs membres du personnel soignant sur la patiente. » Concrètement, les violences gynécologiques englobent la non-prise en compte de la gêne et de l’intimité de la patiente, les propos porteurs de jugement ou d’injonctions sexistes, les actes (intervention médicale, prescription, examen) exercés sans recueillir le consentement ou sans respecter le choix ou la parole de la patiente, les actes ou les refus d’acte non justifiés médicalement, et les violences sexuelles.

Des impacts psychiques et physiques forts

Qu’elles soient isolées ou cumulées les unes aux autres, ces violences peuvent générer un traumatisme et/ou un arrêt du suivi et des soins chez la patiente. D’ailleurs, la conférence a été l’occasion pour certaines femmes de partager leur témoignage, exposant ainsi au grand jour des expériences diverses, allant de propos irrespectueux à des actes inhumains, niant le plus souvent leur libre-arbitre ou leur parole. « Il ne s’agit pas de montrer du doigt un individu en particulier ni de mettre tous les soignants dans le même panier, mais bien de combattre le système qui permet ce genre de violence » ont cependant précisé unanimement les intervenants et les victimes. Car si la profession, bousculée par le flot de témoignages, s’est penchée sur le sujet afin d’améliorer les pratiques, le problème est systémique et touche la société dans plusieurs de ses dimensions (éducation, égalité etc).

Comprendre la relation soignant – patiente 

Concernant l’aspect médical, les intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de respecter l’intimité de la patiente, d’écouter (même les silences) et d’expliquer chaque geste, chaque examen. « C’est quelque chose que l’on faisait moins avant, car on était concentrés sur l’aspect technique » , a expliqué Anne le Martelot, sage-femme pour la DPASS[1].

Grégoire Thibouville, docteur en psychologie, a ensuite rappelé que, si le silence de la patiente peut être une marque de respect et d’écoute, le soignant doit être conscient de sa posture de « figure d’autorité » et s’interroger quant à la pudeur, au consentement ou à la souffrance de ses patientes, et ce malgré les stéréotypes culturels habituellement attribués aux femmes (résistantes à la douleur, soumises, douillettes…).

Suzanne Devlin, coordonnatrice du réseau territorial de santé mentale, a enfin proposé quelques clés afin de s’orienter vers une dynamique nouvelle de relation soignant-soigné, sortant le patient d’une situation de vulnérabilité pour en faire un véritable partenaire, informé, mobilisé et valorisé en tant que qu’acteur de sa prise en charge.

Des choses se mettent en place sur le territoire

« J’ai vu des pratiques d’un autre temps au cours de ma carrière, et ces témoignages, je sais qu’ils sont vrais. » Le Dr Érick Camus, chef de service gynécologie-obstétrique au CHT, a cependant vu les usages évoluer depuis les années 80 : « Aujourd’hui, les équipes médicales sont conscientes de la bienveillance, la bientraitance et l’empathie nécessaires. On sent un élan pour informer, communiquer, demander le consentement et faire participer la patiente » même si – et il les détaillera – certaines défaillances peuvent encore se présenter. L’impunité n’a plus voix au chapitre, a tenu à préciser le spécialiste : « on vire des praticiens, pour ce type de comportement ». Il s’attache pour sa part à sensibiliser ses équipes et ses patientes au quotidien, en s’appuyant sur la charte établie l’année dernière par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français et sur le label Maternys, relatif à la bientraitance en obstétrique, que l’hôpital a récemment obtenu. Deux démarches, qui au-delà des progrès qu’elles visent à impulser, légitiment aussi la parole de victimes.

D’ailleurs, quel accompagnement offrir aux victimes ? Quelle place peut occuper la patiente, dans la recherche de solutions pérennes et d’un système vertueux et bienveillant ? Autant de questions ouvertes qui se sont posées au cours de cette conférence qui, comme l’a rappelé Joane Païdi en conclusion, « avait vocation à créer un espace de partage, à rendre visible cette problématique pour qu’au-delà de ce moment, les acteurs puissent se rencontrer, s’identifier, se structurer et faire avancer les choses. »

[1] Direction provinciale de l’action sanitaire et sociale


Et si on en parlait… est un rendez-vous hebdomadaire gratuit et ouvert à tous, organisé par le Centre d’information – Droit des femmes et égalité, sur des thématiques sociétales.