[Gestion de déchets] « On peut récupérer jusqu’à 90 % des épaves »

Dans le cadre de la campagne provinciale de gestion des déchets, Gil Brial, 2e vice-président de la province Sud, Françoise Suve et Christiane Saridjan-Verger, élues provinciales respectivement rapporteur et membre de la commission environnement, se sont rendus ce matin à Nouville, sur le chantier de démantèlement de navires hors d’usage (NHU). Accompagnés des différents acteurs impliqués autour de cette initiative provinciale, notamment Christopher Gygès, membre du gouvernement chargé de l’économie de la mer, ils ont pu revenir sur les objectifs de cette opération-pilote et échanger sur les freins et leviers d’action afin de pérenniser la filière de valorisation des bateaux en fin de vie.


En bord de mer sur un terrain clôturé du port autonome, trônent une dizaine de carcasses de bateaux. Ces coques, plus ou moins désossées, révèlent encore des trésors cachés, pourvu qu’on sache les trouver. C’est la mission que s’est donnée la province Sud, en organisant une opération-pilote visant à démanteler 16 navires de plaisance en situation d’épave ou à l’état d’abandon. Aux côtés de la collectivité, le cluster maritime, le port autonome et les affaires maritimes ont participé à ce projet, financé par le fonds TAP (fonds de soutien aux actions de lutte contre les pollutions) de la Nouvelle-Calédonie, et qui a pour ambition de dessiner les contours d’une nouvelle filière de valorisation des déchets.

4 mois de chantier

 « Une visite d’étape, presque finale », amorçait Françoise Suve, en introduction de la matinée : ce chantier-pilote, lancé mi-janvier devrait se terminer d’ici quelques semaines. Les 16 bateaux de plaisance identifiés comme épaves et représentant un risque de pollution, ont pu, après des démarches juridiques visant notamment à retrouver les propriétaires, être renfloués et levés. Une fois sortis de l’eau, l’équipe de Royal Recy Boat NC les démantèle pièce par pièce, avec l’objectif de réutiliser, revaloriser, revendre ou recycler chaque élément. Le tri est réalisé à la main pour être optimal. Françoise Suve a tenu à rappeler la valeur de ces « déchets » : « Sur les 60 tonnes de matériaux que représentent ces 16 navires, seulement 10 % sont résiduels », c’est-à-dire que 90 % peuvent trouver une utilité ou une voie de recyclage. Loïc Luciani, gérant associé de Royal Recy Boat NC a complété : « Bois, métal, fibro-ciment, alu, cuivre, inox, huiles… nous cherchons un maximum de solutions pour valoriser ce large panel de matériaux. Par exemple, nous sommes lauréats d’un appel à projets sur la revalorisation de la fibre de verre en mobilier urbain et nous travaillons avec l’Adecal et l’UNC sur la réutilisation de la résine… »

« Avec une prise en charge à temps, le démantèlement d’un bateau en fin de vie peut être en partie financé grâce à la revalorisation de ses différents équipements et éléments », estime Loïc Luciani.

Une filière en cours de structuration

Cette opération-pilote s’inscrit dans le cadre du schéma provincial de prévention et de gestion des déchets, car la province Sud a fait de la modernisation de la gestion des déchets et le développement d’une économie circulaire des objectifs majeurs de sa politique environnementale. « La protection de l’environnement est une compétence de la Province, dont un des leviers consiste en la valorisation des déchets, sur terre et en mer. Or, il y a de nombreuses épaves, qui représentent une vraie filière à développer », a resitué Françoise Suve. « Le financement TAP nous a permis de monter cette opération-pilote, pour évaluer les moyens opérationnels, financiers et humains, les débouchés et les créations d’emplois potentielles afin d’organiser la filière à terme, et ainsi proposer une solution aux propriétaires de bateaux vieillissants ». La durée de vie d’un bateau est de l’ordre de 35 ans. Aujourd’hui, il y a 27 000 bateaux immatriculés et 6 000 d’entre eux arriveront en fin de vie dans les 10 prochaines années. Si des points réglementaires et financiers restent à affiner, cette filière de valorisation des navires hors d’usage porte de forts enjeux environnementaux et économiques.

Le dévégrage, qui consiste à mettre la coque à nue, se fait à la main pour trier avec soin toutes les pièces, en vue de leur offrir une seconde vie.

Des bienfaits pour le secteur et l’économie calédonienne

Car pour soutenir cette nouvelle filière, vont forcément émerger des formations et des créations d’emplois, avec à la clé le développement d’une économie circulaire et vertueuse. « Il y a beaucoup de choses à faire dans le secteur maritime et nautique : ce projet de filière NHU va générer des emplois, à titre expérimental aujourd’hui mais qui ont vocation à se développer et l’arrivée de la marina prévue à Nouré va également booster le secteur », a rappelé Gil Brial. Un point de vue partagé par Christopher Gygès qui a souligné le dynamisme des acteurs du secteur, privés comme publics, et évoqué les nombreux projets à venir en lien avec l’innovation et l’économie bleue, avant de conclure « C’est une belle filière d’avenir ».