Le campanile de l’ancienne caserne des surveillants mariés retrouve toute sa splendeur d’antan

Après plusieurs semaines de travaux, le campanile de l’ancienne caserne des surveillants mariés du pénitencier de Nouville se dresse à nouveau fièrement. Le bâtiment occupé aujourd’hui par l’IUT, doit la restauration de son campanile au savoir-faire des compagnons du devoir qui l’ont reproduit le plus fidèlement possible d’après des photos d’archives. En raison de son intérêt historique et architectural, sa restauration a été soutenue financièrement par la province Sud dans le cadre des aides à la conservation des monuments historiques.


La Nouvelle-Calédonie porte de nombreuses traces de son passé bagnard au travers des restes de bâtiments datant de cette époque. C’est le cas de la caserne des surveillants mariés qui s’intègre dans le paysage urbain contemporain et fait corps avec lui. Construite en 1877-78, cette bâtisse qui fait partie du site historique du bagne de Nouville a été classée au titre des monuments historiques en 1973. S’étendant sur 72 mètres de long, la caserne comprenait à l’origine 18 logements de 2 ou 3 pièces dédiés aux surveillants et à leurs familles.

Les surveillants mariés habitaient avec leurs familles dans la caserne.
© Archives territoriales de Nouvelle-Calédonie

Sur la toiture du bâtiment, le campanile dont l’appellation est un peu « abusive » selon Laurent Fayard, chargé de construction historique à la province Sud, domine l’Anse Paddon et offre une vue imprenable à 360°. « Un campanile est une tour qui abrite des cloches, ce qui n’est pas le cas du « campanile » de la caserne des surveillants mariés de Nouville. Il s’agit davantage d’un élément décoratif qui n’a aucune utilité si ce n’est esthétique. » Alors tour de guet ? Belvédère ? La question reste entière et son utilité tout aussi discutée. Mais puisqu’il faut bien donner un nom à cet élément architectural, accordons-nous sur le terme de « campanile ». Celui-ci a été restauré une première fois entre 1980 et 1990 en même temps que la toiture. Le parti pris pour sa restauration avait été alors de modifier l’ouvrage d’origine. Initialement en bois, il avait été reconstruit en métal, tandis que le garde-corps a été supprimé et l’épis de poinçon modifié.

La caserne des surveillants mariés telle qu’elle était à la fin du XIXe siècle.
©Archives territoriales de Nouvelle-Calédonie

Le campanile renaît de ses cendres grâce au savoir-faire des compagnons

Aujourd’hui devenue propriété de l’Université de la Nouvelle-Calédonie, la caserne des surveillants mariés du centre pénitencier accueille depuis 2015 l’Institut Universitaire de Technologie (IUT). Avec les années, le campanile a perdu tout son éclat. L’ensemble de l’ouvrage présentait globalement un défaut d’étanchéité et des désordres importants. En 2020, l’UNC décide de redonner à ce bâtiment ancien son cachet d’origine et sollicite la province Sud, une aide à la conservation des bâtiments au titre des monuments historiques pour la restauration de son campanile. Cette aide provinciale prévoit une prise en charge de 50 % du montant des travaux pour la restauration sur une somme qui s’élève à 5,3 millions de francs. « C’est une aide qui permet aux propriétaires publics et privés de bâtiments présentant un intérêt historique et architectural de préserver leurs biens », précise Laurent Fayard.

Après une étude préalable, les travaux ont pu débuter en février 2022. « Il y a eu du retard en raison du confinement, explique Franck Le-Notre, conseiller technique des travaux. Nous avons tout d’abord fait des recherches dans des documents historiques et nous nous sommes appuyés sur des photos d’archives datant de l’époque. Dans la mesure où le bâtiment est protégé au titre des monuments historiques, pourquoi ne pas faire l’effort de restaurer le campanile dans le style où il a été construit ? »  Les travaux ont été confiés à deux compagnons du devoir pour leurs savoir-faire, l’un charpentier, l’autre zingueur. « Les compagnons maîtrisent bien le bois et le zinc qui est vraiment un matériau spécifique » ajoute le maître d’œuvre.

Réception du campanile le 1er avril 2022.

Le campanile recouvert de zinc.

Maxime Hollinger, compagnon charpentier, de la société Bâtiment Concept explique : « Nous avons fait une maquette 3D du campanile en essayant de nous rapprocher le plus possible de l’existant. Nous avons ensuite monté toute la charpente en atelier puis nous avons envoyé le campanile dans l’atelier de zinguerie pour la couverture.» Une fois l’ouvrage rassemblé, la pose s’est déroulée sur deux semaines entre fin mars et début avril.

Les deux compagnons ont mis beaucoup de cœur dans cet ouvrage : « La réalisation de ce campanile a été d’une belle complexité et cela a été un plaisir pour nous de travailler sur ce projet ! C’est un challenge stimulant qui nous a permis de sortir des sentiers battus et de ce que nous faisons d’ordinaire. » Aurélien Lelièvre, compagnon zingueur de l’entreprise Falz est du même avis : « La Calédonie a encore de nombreux bâtiments anciens qui font partie de l’histoire et la richesse du pays. Et c’est important de les préserver pour les générations futures. »

>> Demande de protection au titre des monuments historiques

>> Aide à la conservation des immeubles et objets protégés au titre des monuments

Maxime Hollinger, compagnon charpentier, Laurent Fayard, chargé de construction historique à la province Sud, Franck Le-Notre, conseiller technique et Aurélien Lelièvre, compagnon zingueur.

 


À la découverte de l’histoire des bagnards sur le site historique de l’Île Nou

L’association Témoignage d’un Passé propose des visites de l’ancien bagne sur le site historique de l’Île Nou. De 1864 à 1927, l’ancien pénitencier a accueilli 21 024 forçats dont plus de 8 000 y sont morts. Le parcours de visite permet de découvrir le site qui comprend notamment : la maison du commandant, le quartier cellulaire, la boulangerie, la chapelle, les ateliers et la caserne des surveillants mariés du bagne… Sans oublier l’exposition permanente qui présente l’histoire du bagnard, de la condamnation à l’enracinement.