Le Site historique de l’Île Nou ouvre ses portes

À l’occasion de l’inauguration du Site historique de l’Île Nou, ce jeudi 6 mai, l’association Témoignage d’Un Passé nous plonge dans la vie des forçats, à travers une exposition dans la Boulangerie du bagne. Ce projet a pu être réalisé grâce au soutien de la province Sud, du gouvernement et de la mairie de Nouméa.  Gil Brial, le 2e vice-président et les élus de la commission de la Culture de la province Sud sont fiers de ce nouvel établissement qui, par son histoire, a tenu « un rôle essentiel dans la construction du destin commun ».


Pour son ouverture officielle, le Site historique du Bagne met en lumière l’histoire trop longtemps considérée comme « tabou » : celle des bagnards. À travers l’exposition « Condamné à la Nouvelle-Calédonie », c’est l’histoire du bagne en Nouvelle-Calédonie, de ses origines à nos jours, qui est racontée.

Une visite émouvante pour Gil Brial qui a une pensée pour son ancêtre bagnard et pour le lieu de son enfance. « C’est un endroit qui m’est particulièrement cher. Je suis touché parce que je fais partie de ces très nombreuses familles calédoniennes qui ont eu un ancêtre qui est passé par ce bagne. Il a été transporté en 1872. Par la suite, il a fait souche à Bourail. »

L’inauguration ce jeudi 6 mai en présence des représentants des collectivités, du vice-rectorat et de quelques descendants de bagnards, est l’occasion pour Yves Mermoud, le président de l’association Témoignage d’Un Passé de faire un parallèle avec une autre date importante. « Il y a 157 ans, à trois jours près, le 9 mai plus précisément, une frégate s’approchait des côtes calédoniennes après quatre mois en mer depuis le port de Toulon. À son bord, il y avait 663 personnes dont 250 forçats transportés. C’était le tout premier convoi. Cette date est le début d’une page importante de l’histoire calédonienne. C’est l’arrivée du premier des 75 convois qui sont venus entre 1864 et 1927. »

Un hommage aux 21 000 forçats

Le parcours de l’exposition propose aux visiteurs une immersion dans la vie des bagnards de la condamnation à l’enracinement. « Cette exposition place l’humain au centre des contenus à travers 7 séquences qui reconstituent le vécu de ces condamnés », explique Emmanuelle Eriale, la directrice du site historique du Bagne. La visite montre également l’impact de l’administration pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie.

Tel un écho de l’histoire calédonienne, le Site historique de l’Île Nou aura une résonance auprès du public et plus particulièrement des jeunes, de par sa localisation. Il est également « un outil dans la construction du vivre-ensemble, car pour pouvoir construire un destin commun il faut d’abord savoir d’où l’on vient et qui l’on est », a souligné Gil Brial.

Le deuxième vice-président a aussi rappelé que « la construction d’une partie de la Nouvelle-Calédonie, s’est faite grâce aux bagnards. Ce sont eux qui ont construit des ponts et les bâtiments de l’administration pénitentiaire. Puis lorsqu’ils ont été libérés et qu’ils ont obtenu un lopin de terre, ils ont participé au développement de la Nouvelle-Calédonie. »

Sur les 21 024 transportés matriculés, plus de 8 000 sont morts sur l’Île Nou. « C’est considérable ! Pendant des décennies, ils sont tombés dans l’oubli. Ni cimetière ni stèle pour s’en souvenir », souligne Yves Mermoud.  Ce site, c’est en quelque sorte aussi une manière de « rendre hommage à toutes ces personnes qui ont vécu et ont souffert ici et y sont mortes. »

Le Site historique de l’Île Nou comprend la Boulangerie restaurée et le pavillon d’accueil ouvert depuis l’année dernière. Le budget global du projet s’élève à 70 millions de francs, réparti à 65 % pour la province Sud, 28 % pour le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et 7 % pour la Ville de Nouméa.