840 000 francs d’amende pour avoir tué un napoléon

Les gardes nature de la province Sud ont permis aux gendarmes de faire toute la lumière sur une pêche de nuit en baie de Gouaro qui s’est soldée par la mort d’un Napoléon de 1m70 pour une centaine de kilos. De lourdes amendes ont été infligées par le tribunal.


Qu’on se le dise, confondre un napoléon et un perroquet à bosse, ça n’est pas une excuse devant un juge. Le 30 avril dernier, le président du tribunal de première instance de Nouméa a condamné deux braconniers à six mois d’emprisonnement avec sursis, à 80 000 francs d’amende, et à verser chacun 300 000 francs de dommages et intérêts au titre du préjudice environnemental à la province Sud et 80 000 francs à la Zone Côtière Ouest (ZCO). Ils avaient, en baie de Gouaro, fin décembre, pêché illégalement de nuit des langoustes et un napoléon mesurant 1m70 et pesant une centaine de kilos. Ils écopent au total d’une somme de 840 000 francs.

Les faits remontent au 22 décembre, vers 22h45, les gardes natures provinciaux ont tenté de contrôler une embarcation dans la baie de Gouaro. Deux plongeurs équipés de lampes torches étaient dans l’eau pour pêcher des langoustes et un troisième homme, pourtant membre actif de l’association de protection ZCO, sur le bateau. Ce dernier a rapidement quitté les lieux laissant les deux plongeurs dans l’eau. Les gardes nature n’ont donc pas pu procéder au contrôle de la pêche réalisée, mais les gendarmes ont été avertis. Au cours de leur enquête, les gendarmes ont appris que dans les jours précédents, les deux plongeurs avaient piqué un napoléon d’im70 pour une centaine de kg.

Convoqués devant le tribunal correctionnel, les deux intéressés ont avoué avoir voulu pêcher, de nuit, des langoustes pour le repas de Noël, ce qui est interdit depuis 1981. Les braconniers ont aussi avoué avoir piqué un napoléon adulte, espèce protégée par le Code de l’Environnement de la province Sud, après l’avoir « confondu avec un perroquet à bosse » se sont-ils défendus. Concernant le refus de contrôle, le pilote de l’embarcation, a fait des déclarations contradictoires lors de son audition.

Finalement, le tribunal a déclaré les trois contrevenants coupables des faits reprochés : Les deux plongeurs ont été condamnés à des amendes pour un montant total de 840 000 francs et à 6 mois d’emprisonnement avec sursis.  Le pilote de l’embarcation a lui été condamné à 3 mois avec sursis pour le refus de contrôle.

Pourquoi le napoléon est-il protégé ?

Si le Code de l’Environnement protège le napoléon en prévoyant, en cas de pêche une amende pouvant aller jusqu’à 1, 78 million de francs et un an de prison, ce n’est pas pour rien. Cette espèce emblématique est reconnue par l’UICN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, comme étant en danger au niveau mondial du fait de sa pêche et de l’âge tardif de sa maturité sexuelle. En effet, cette espèce est soumise à une métamorphose sexuelle (hermaphrodisme), c’est-à-dire que les poissons naissent femelles et deviennent mâles vers l’âge de 15 ans, soit vers 1m10. La majorité sexuelle, elle est atteinte lorsque les individus mesurent 60 cm. Les spécimens de grande taille sont donc des mâles reproducteurs, qu’il convient de protéger davantage.