Déjà 215 tortues ont pondu à la Roche

Depuis le 1er décembre 2019, date d’ouverture de l’opération Turtle watching à la Roche Percée, pas moins de 215 tortues ont été observées en train de pondre. Nous avons suivi dans la nuit une équipe scientifique soutenue par la province Sud, composée de membres de l’association Bwara Tortues Marines et de l’aquarium des lagons…


23h10, quelque part sur la plage de la Roche Percée, un mardi soir sur la terre. Après 3h de patrouille dans une nuit à peine éclairée d’une timide lune voilée par d’audacieux nuages, l’équipe scientifique composée de membres de l’association Bwara Tortues et de l’aquarium du lagon, aperçoit une tortue « grosse tête » sortir de l’eau. Grosse houle et fort coefficient de marée obligent, la plage de la Roche est sans cesse battue par d’impressionnantes vagues, dont certaines remontent jusqu’à la barrière de végétation qui sépare la plage de la route.

« C’est important d’encadrer l’observation des pontes des tortues, explique Maxime Barbier, chargé de mission au sein de Bwara Tortues Marines. Si l’on laisse tout faire, le risque qu’elles s’arrêtent de pondre avant est trop élevé. La population de tortues grosse tête a beaucoup diminué durant la dernière décennie, notre objectif est de faire en sorte qu’elle augmente. Pour cela, il faut protéger, les pontes, les nids, les bébés. » Leurs principaux ennemis ? La lumière, qui fait fuir les mères pondeuses et qui attire les bébés. Mais aussi les chiens, capables de creuser et de déterrer les œufs ou de tuer les bébés. Et les chats, une nouvelle problématique depuis deux ans.

Pendant ce temps-là, une trentaine de curieux qui participent à l’opération soutenue et financée par la province Sud Turtle watching, patientent sagement au centre d’accueil, situé à l’entrée de la plage, côté route. Ils y reçoivent toutes les informations nécessaires pour comprendre l’enjeu de la soirée : protéger au mieux la ponte et les émergences de tortue.

Retour sur la plage. « La » tortue est parvenue à se hisser en une dizaine de minutes en haut de la plage et parvient à trouver un endroit idéal pour pondre. Un ballet, aussi vieux que le monde, commence enfin. Le reptile s’enfonce doucement dans le sable pour se cacher et forme un « pré-trou », c’est ce qu’on appelle la cuvette. Avec ses pattes arrières, elle creuse un trou de 60 cm de profondeur avec une chambre en bas, appelée le « puit », c’est là qu’elle déposera ses œufs.

23h46, la ponte d’une centaine d’œufs débute. Les scientifiques approchent enfin, et vérifient si l’animal est bagué. C’est le cas. Cette mère pondeuse s’appelle Laoule Nanou, mesure 92, 6 centimètres, et a donc traversé l’océan Pacifique pour revenir pondre ici. D’ici 54 jours, des bébés tortues sortiront de terre pour rejoindre l’océan. Une tortue sur 1 000 survivra. « Il existe une température seuil du sable, 28,7 °, précise Maxime Barbier, au-dessus de laquelle une proportion élevée des bébés tortues sera des femelles, en dessous des mâles. » Un danger pour l’avenir de l’espèce ? « Oui, absolument, nous assistons à une féminisation de la population. S’il n’y a que des femelles, dans trente ans, lorsqu’elles auront atteint leur maturité sexuelle, on aura un souci. » Autrement dit, le réchauffement climatique influence directement l’avenir des tortues, comme de beaucoup de reptiles, puisqu’il n’y aurait, à termes, pas suffisamment de mâles pour féconder les femelles. « Même si l’on parle de 1° de réchauffement climatique, ça ne parait pas beaucoup, mais dans un nid de tortue, une variation de 0, 5 ° peut faire que toutes les tortues qui en sortiront ne seront que de femelles… »

Si depuis le 1er décembre 2019, pas moins de 215 tortues ont été observées, déjà six petites tortues ont vu le jour depuis le 1er janvier sur la plage de la Roche. L’opération Turtle watching se poursuit jusqu’au 29 février 2020.