La construction d’un bloc sanitaire à Thio, ou la manière d’aller au-delà des inimitiés

Il aura fallu quatre mois à six jeunes de la tribu d’Ouroué, à Thio, pour construire le bloc sanitaire de l’espace commun de la tribu. Milakulo Tukumuli, troisième Vice-Président de la province Sud, et Petelo Sao, Président de la commission de la culture, se sont rendus sur la côte Est ce vendredi 8 novembre afin de leur remettre les diplômes, mais essentiellement, saluer l’importance d’un tel engagement.


10h30 du matin, la natte accueillant la coutume est disposée sous le faré commun d’Ouroué. D’un côté, les élus, des représentants de la SLN, de la DEFE, de l’État français, de la MIJ. De l’autre, les jeunes constructeurs, le chef de chantier, le maire de la tribu, les mamans, et des membres de la tribu. Par-delà les échanges de remerciements des deux côtés, la coutume, qui s’est vue succéder plusieurs discours, a surtout été l’occasion de mettre en exergue la cohésion entre les différents partenaires au travers de ce chantier.

« Kanak, wallisiens, futuniens, toutes les valeurs qui font de nous l’Océanie : Ce jour doit nous rappeler que, quel que soit notre statut, notre fonction, ce geste est ce qui permet de nous lier les uns aux autres. Il doit également nous rappeler, à nous qui ne venons pas de Thio, que ce respect est une autorisation que nous vous demandons, pour fouler la terre de cette tribu » entame Milakulo Tukumuli, ayant lui-même grandi à Thio.
Touchés, le maire d’Ouroué et le président de l’association des jeunes de Thio ont pris la parole afin de remercier les partenaires du projet, à savoir l’État, la SLN, la mairie de Thio et la province Sud.

Des chantiers d’insertion comme moyen de transcender les antagonismes.

Un message transparaît derrière l’engagement commun de cette jeunesse et ce partenariat : celui de l’harmonie d’un peuple, qui a toutes les clés en main pour surmonter les clivages existants. « Ces chantiers d’insertion doivent permettre aux tribus de s’approprier l’outil économique et l’entreprenariat. Nous sommes là pour apporter notre soutien, pour qu’il y ait un développement économique sur Thio. Mais également un développement des tribus en général, qui vont dans le sens des nombreux chantiers soutenus par la province Sud et des partenaires. A Thio, il n’y a pas que la SLN, il y a autre chose, et ce genre de chantiers doit justement vous permettre d’atteindre cet objectif. » insiste le troisième Vice-Président. « l’Océanie n’est occidentalisée que depuis 200 ans, ainsi, il peut nous paraître difficile de nous approprier l’outil économique. La Calédonie est partagée entre républicanisme et monde coutumier, mais ces deux mondes ne sont pas antagonistes : vous pouvez être Kanak en étant français. L’un ne va pas sans l’autre. C’est très important, car aujourd’hui nous sommes plus dans l’occidentalisation que dans le monde coutumier, le monde Kanak, le monde océanien. Mais vous pouvez faire cohabiter ces deux mondes. Pour ma part, je l’ai fait ».

A la suite de la coutume et de la remise des diplômes, les jeunes constructeurs et les représentants ont procédé au coupé de ruban du bloc sanitaire avant de faire visiter les locaux, pas peu fiers de détailler la façon dont ils ont procédé pour mener à bien ce projet initié à leur demande. La journée s’est terminée autour d’un festin préparé par les mamans de la tribu, dans un sentiment de fierté, de convivialité et d’accomplissement.