Les trésors enfouis de la tribu de Touaourou

Peu connu, du grand public, le site de Touaourou à Yaté, recèle pourtant des trésors insoupçonnés transmis par la tradition orale et confirmés ensuite par les fouilles archéologiques. A l’occasion des Journées de l’archéologie les 20 et 21 octobre, les visiteurs ont eu l’opportunité de marcher sur les traces laissées par les anciens, entre terre et mer.

Depuis toujours, les hommes ont façonné le paysage en grès de leurs installations, marquant ainsi leur présence sur un territoire. Faire découvrir au grand public, des sites peu connus, empreints d’histoire et de tradition, c’est l’objectif des Journées de l’archéologie lancées l’année dernière. « Le but c’est de mettre en lumière ce patrimoine que peu connaissent, affirme Malia Terebo, chargée d’études, au service du patrimoine de la province Sud. C’est le cas des deux sites que nous visitons ce matin à la tribu de Touaourou. »

Quand le profane rencontre le sacré

La balade débute par une marche caillouteuse, le long d’un barrage de déviation avec pour guide John Ouetcho, membre de l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique (IANCP). « Entre 500 et 900 ans après Jésus-Christ, il y avait ici une zone de marécage et la seule solution pour cultiver, c’était d’assécher cette partie » explique-t-il. Les personnes qui ont réalisé ce barrage avaient certainement des connaissances en hydrologie car elles ont su maîtriser l’eau pour dévier le cours de la rivière. »

L’ouvrage en question mesure 120 mètres de long, 40 à 50 mètres de large et 4 à 5 mètres de hauteur, construit avec des blocs de pierre entre 1 à 2 mètres cubes. L’expertise archéologique s’appuie aussi sur la tradition orale. « Les vieux racontent encore de nos jours, qu’on a cultivé sur cette zone de marécage asséchée de la canne à sucre, du taro d’eau, de l’igname et des bananes. »

Chez les anciens, le sacré n’est jamais très bien loin. « On prétendait que ceux qui ont construit le barrage possédaient le pouvoir de la magie pour déplacer ces gros blocs de pierre. Mais cela prouve surtout qu’à cette époque, le pouvoir politique était fort. Quand le chef prenait une décision, tout le clan suivait sans discuter. »

Un lieu préservé et encore sauvage

L’excursion se poursuit sur le platier de la presqu’île de Kwé Binyi sur les traces des habitations anciennes. « A travers la mangrove, on devine encore le chemin emprunté, pour acheminer le bois qui servait à la construction de case » souligne John. « Plusieurs indicateurs prouvent qu’il y avait là des habitations : la cocoteraie, des tessons et des restes de culture d’igname. »

L’idée de pénétrer un lieu préservé, abrité des regards indiscrets, donne aux visiteurs ce jour-là, l’impression d’être privilégiés. « J’ai adoré ! » s’exclame Nathalie. J’ai aimé l’histoire et les paysages qu’on ne voit pas partout en Nouvelle-Calédonie. C’est unique ici ! » Pour Marie-Laure et Philippe amateurs de sorties nature, c’est une belle occasion: « Cela fait des années que j’avais envie de me rendre sur cette presqu’île. Mais quand on ne connaît pas les lieux d’accès, on hésite à y aller seul. C’est ça qu’il nous a surtout motivés à faire la balade. »

Pour une première, c’est une réussite et la tribu envisage d’organiser prochainement des visites guidées. «L’idée est d’encourager nos enfants à s’impliquer dans ce genre d’initiative pour qu’ils s’approprient leur histoire et la diffusent. C’est notre devoir de transmission », affirme John Ouetcho.

Exposition d’objets archéologiques et œuvres d’art contemporain

La province Sud présente à partir du 14 novembre 2018, pour une durée de 9 mois, au Centre culturel Tjibaou, une exposition composée d’objets archéologiques découverts sur l’ensemble son territoire et des œuvres d’art contemporain. L’idée est de matérialiser les liens invisibles qui existent entre ces objets anciens et l’art contemporain. Une exposition qui invite au voyage dans le temps à travers les mythes et légendes